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> Histoire du domaine

 

Extraits de « Pierre de Boisguilbert ou la naissance de l’Economie politique », par l’INED, Institut national d’Etudes démographiques

 

• ŸCharles II Le Pesant, premier seigneur de Boisguilbert : c’est de Charles Le Pesant deuxième du nom, que datent réellement les honneurs, la fortune et la noblesse dont la famille Le Pesant pourra se targuer au XVIIe et XVIIIe siècles. Né en 1574 Charles II fut reçut maitre des Comptes en 1603. Il reçut le 13 juin 1647 des lettres d’honneur pour « avoir servi le Roy, avec grande affection et fidélité en toutes les occasions », et comme magistrat, et comme capitaine d’une des douze milices bourgeoises, charge qu’il avait exercée pendant 32 ans. A ces deux titres, Charles II joignit ceux de Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roy le 6 juillet 1620, et de Chevalier de son ordre, le 30 juin 1629. Comblé d’honneurs, il songe également à accroître ses biens. Le 12 mars 1620 il acquière le premier des fiefs qui constitueront la seigneurie de Boisguilbert. Le lieudit « Boisguilbert » se nommait à l’origine le Bosc Guillebert. Charles II Le Pesant fut donc le premier du nom à pouvoir se qualifier de seigneur et patron de Boisguilbert. En juin 1633, il eut l’honneur d’être député par la Chambre des Comptes pour saluer Louis XIII et le cardinal de Richelieu, venus à Forges avec toute la cour prendre les eaux. La délégation à laquelle s’était joint Pierre Corneille, fils de sa cousine Marthe Le Pesant, passât la nuit du 25 juin au Bosc-Guillebert d’où elle partît le lendemain pour Forges transformée en villégiature royale-, assister aux représentations des comédies de Corneille, puis elle revint le soir coucher à nouveau au Bosc-Guillebert.

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• Son quatrième enfant, Nicolas Le Pesant, s’était allié à la famille de Bonissent de Buchy dont la seigneurerie jouxtait celle de Boisguilbert. Il avait épousé en 1639 Marie de Bonissent de Buchy, fille de Pierre de Bonissent, Conseiller au Parlement de Normandie depuis 1621. Nicolas Le Pesant passât les dernières années de sa vie à visiter et secourir les pauvres. Il avait fondé une rente perpétuelle de 100 livres destinée à leur être distribuée en blé. D’après son épitaphe, que d’aucuns pensent avoir été rédigée par son fils l’économiste, « la douleur qu’il avait ressentie devant la misère universelle causée par l’extrême cherté du blé pendant l’hiver 1693 1694 contribua à hâter sa fin ». Il mourut le 19 avril 1694 et fut inhumé dans le cœur de l’Eglise de Boisguilbert.

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• Pierre Le Pesant qui devait rendre célèbre le nom de Boisguilbert, était le cinquième enfant de noble homme, Nicolas Le  Pesant, écuyer, seigneur et patron de Boisguilbert et de damoiselle Marie de Bonissent de Buchy. Né en février 1646, il fut baptisé le 17, en la paroisse Sainte-Croix Saint-Ouen de Rouen. Son parrain était son grand-père maternel Pierre de Bonnissent, sieur de Buchy, sa marraine noble dame Suzanne du Four. Sa première enfance se passe à Boisguilbert avec ses nombreux frères et sœurs. L’âge venu le jeune Pierre entre tout naturellement avec ses frères Charles et Nicolas au Collège des Jésuites de Rouen. Mais, séduits sans doute par les petites écoles croissantes de Port Royal, et probablement conseillés par Corneille, leur illustre parent qui était fort lié avec le Directeur de la maison, Monsieur et Madame de Boisguilbert ne tardèrent pas à y inscrire leurs aînés, et Pierre put attribuer par la suite à « ces fameux anonymes si célèbres par toute la France » tout le mérite de son éducation.

Après la mort de Charles, Pierre, devenu l’aîné (des garçons) s’attendait à bénéficier légitimement de ses droits mais il eût l’amertume de voir ses parents favoriser ouvertement son puîné, Nicolas, et lui laisser la jouissance de la terre et du château de Boisguilbert auxquelles s’ajoutèrent les terres de Buchy et de Sainte-Croix sur Buchy provenant de l’héritage Bonissent. En 1675 Monsieur et Madame de Boisguilbert achetèrent pour leur fils favori la charge de Conseiller au Parlement de Rouen. Pierre le Pesant s'installe à Pinterville en 1677 suite à son mariage avec Suzanne le Page, héritière du lieu, et y construisit le château de Pinterville vers 1680. Il y fera souche.  Six  de ses enfants y sont nés et leurs descendants resteront sur le domaine jusqu'en 1911. Bon nombre de ses textes sont écrits à Pinterville. L'attachement, l'enracinement de Boisguilbert à Pinterville, perce  dans les nombreuses références de son oeuvre: cette terre fut pour lui une source d'observations et d'analyses régulièrement retranscrites.

 

• Nicolas II Le Pesant et ses enfants. A la mort de son père, Nicolas II Le Pesant frère de l’économiste, devint définitivement seigneur et patron de Boisguilbert. Reçu au Parlement en 1675, il exerçât cette charge pendant 62 ans. Il était également l’un des douze Capitaines de la milice bourgeoise de Rouen. Il était doyen de la grande Chambre du Parlement, quand il mourut le 25 juin 1737 à l’âge de 90 ans. Sa veuve, Marie Voisin, décédée le 11 juillet 1744 à l’âge de 85 ans, fut inhumée le 12 dans le cœur de Boisguilbert, en présence de son neveu, Jean-Pierre Le Pesant, seul fils survivant de l’Economiste. Des 4 enfants de Nicolas II Le Pesant et de Marie Voisin, tous baptisés à Sainte-Croix-Saint-Ouen, seule une fille survécut, Anne-Marie Thérèse. Elle avait eu pour parrain son oncle Pierre Le Pesant l’économiste. Elle épousât en première noce, en avril 1714, Louis de Rémy, Seigneur de Rouvroy puis en 1724 Messire François Adrien de Biran. Après la mort de son père, elle devient dame et patronne de Boisguilbert et autres lieux. Madame de Biran mourut sans descendance le 23 avril 1762. Et la postérité de Nicolas II s’éteignit avec elle.

 

• La terre de Boisguilbert revint alors à Jean-Pierre-Adrien-Augustin Le Pesant de Boisguilbert petit fils de l’économiste. Jean-Pierre Adrien Augustin, fils unique de Jean-Pierre Le Pesant et de Charlotte Marie Le Coq de Villeray (nâquit à Rouen rue de l’Oratoire le 17 mars 1754). Il fut tenu sur les fonts baptismaux à Pinterville le 26 mars, par Monsieur de Biran, époux d’Anne Le Pesant. Tout au long de sa vie, il manifestât du goût pour la chose littéraire. La mort de Madame de Biran en 1762 avait rendu le jeune seigneur de Pinterville également seigneur et patron de Boisguilbert et autres lieux. Vers 1780 il décida de faire construire un nouveau château à Boisguilbert sur l’emplacement du vieux manoir Louis XIII qui est encore porté sur un plan datant de 1778 (archives du château de Bois-Guilbert). Mais l’actuelle demeure ne fut achevée qu’après la révolution comme le prouve l’intérieur Directoire.

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• Etienne d’Arboval, Gisèle d’Arboval et Louis de Pas

La terre de Bois-Guilbert est restée en possession des descendants de l'Economiste, représentés jusque dans les années soixante par M. Etienne d’Arboval (1882-1965) qui y demeurait avec son épouse née Christine d’Eté, son gendre, le comte Louis Le Mesre de Pas, sa fille Gisèle et ses petits-enfants (Jean-Marc de Pas né en 1962). Du XVIIe, il subsiste le pavillon et la chapelle (1625) où quelques plaques rappellent le souvenir de la famille Le Pesant de Boisguilbert, le pressoir (1643), le colombier (1672) et une partie des murs d’enceinte.

 

• Jean-Marc de Pas

Jean-Marc de Pas, actuel dépositaire de la terre d'enfance de son ancêtre économiste Pierre de Boisguilbert, est très attaché à l'histoire familiale qui a fondé ce lieu. Il a créé les bustes de Pierre et de Thomas Corneille, fils de Marthe Le Pesant, cousine germaine de Charles II Le Pesant fondateur du domaine, celui de leur neveu Bernard de Fontenelle ainsi que celui de l'économiste Pierre Le Pesant de Boisguilbert : il les a mis en scène dans le pavillon époque Louis XIII, imaginant une rencontre entre eux.

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• Une association pour gérer l’ouverture au public

Après avoir remodelé l’ancien parc, et réalisé d’importants aménagements et plantations entre 1985 et 1991, Jean-Marc de Pas a créé une association pour ouvrir et partager avec le public, ce lieu chargé d'Histoire, et sa passion pour l'art et la nature. A ce titre, aidé de son épouse et du Conseil d’administration, il cherche à créer un modèle économique associatif qui permette à son projet d’ouverture au public de s’établir de façon pérenne en Normandie, avec un dossier de demande de Reconnaissance d’Utilité Publique en cours.

 

L’association a pour objet d'ouvrir et de partager les jardins autour de 3 thèmes, l'art, la nature, et l'Histoire du lieu.

 

Organisation chaque année d’un important programme culturel, conférences, expositions, lectures, hommages, ateliers, concerts. Concernant l'Histoire familiale, plusieurs hommages ont été rendus à des membres importants de la famille, en lien avec la Normandie :

En 1999, 5e anniversaire de la naissance du Parlement cf. Nicolas Le Pesant frère de l'économiste (plusieurs conférences de personnalités dont Le Professeur Chaline).

En 2006, 400ie anniversaire de la naissance de Pierre Corneille (Conférence par Gabriel de Brooglie chancelier de l'Institut, Lectures d'extraits de Corneille par Marie-Christine Barrault)

En 2007, 350ie anniversaire de la naissance et 250ie anniversaire de la mort de Bernard de Fontenelle (Conférences sur l'astronomie par Thibaut Le Bertre de la SAF, lecture "Entretien sur la pluralité des mondes" par Marie-Christine Barrault et Philippe Priol)

En 2014, hommage à Pierre Le Pesant de Boisguilbert à l’occasion du tricentenaire de la mort de l’Economiste fondateur (1646 -10 octobre 1714) précurseur universellement reconnu de la Science économique. Son œuvre est celle d'un gentilhomme éclairé, appartenant à la transition entre le XVIIème siècle et le siècle des lumières. Sa pensée universelle dépasse les limites du temps et de l'espace : dans la période de crise que nous traversons, ses théories reprennent force et vigueur.